La caméra embarquée

Le cinéaste Clément Schneider réalisera tout au long de l’expédition un film mêlant fiction et réalité. Des habitants du territoire seront conviés à participer au tournage. Lors du retour des radeaux, ce film sera projeté à chaque escale sur nos embarcations devenues salle de cinéma.

Extrait de la note d’intention de Clément Schneider :

« À la lecture du projet du Radeau Utopique, je repense à plusieurs autres radeaux célèbres de cinéma, celui d’Aguirre – un chercheur d’utopie, soit dit en passant – celui de Heimat, les kayaks de Delivrance et même, pourquoi pas, les débris du Titanic. Moments de cinéma où le destin des personnages leur échappe, où leur destination se dérobe. Où l’incertain se met à régner en maître… L’utopie pose, de fait, la question conjointe de la fiction et du réalisme. On reproche souvent aux utopies de n’être pas réalistes, réalisables. Mais ce sont des fictions ! Et si nous sommes invités à y croire, c’est exclusivement au titre de la suspension consentie de notre incrédulité. Suspension que le cinéma organise par la puissance évocatrice de l’image, et dont parfois il abuse… Quel est le sens d’une présence filmique dans la pièce-processus « le Radeau Utopique » ? Elle est double, à mon sens. En premier lieu, il s’agit de garder une trace de l’événement, de ce grand voyage – comme on consigne, dans un journal de bord, le déroulement de la navigation, les rencontres, la traversée d’un territoire. Mais plus importante encore me semble être celle qui va, par le jeu du montage et de la mise en scène propres au cinéma, faire de ce voyage une pure fiction. Les dispositifs imaginés sont foisonnants et multiples. Dans chacun d’eux affleure la fiction, une fiction toujours en prise avec le réel – ateliers participatifs, etc. Or, ce qui me semble intéressant, c’est de s’emparer de ce matériau et de l’organiser en fiction, en évacuant – apparemment – du processus les traces de sa fabrication. De la même manière que Thomas More décrit l’Utopie par le biais d’un dispositif de fiction – un récit de voyage – je crois que le cinéma a cette capacité, par le hors-champ, le montage, les ellipses, de dégager de l’abondance de sens et de formes que vont produire les radeaux utopiques, une histoire, à laquelle, ensuite, une fois le film fini, nous pourrons nous référer et, avec jubilation, croire.»

« D’après une histoire vraie »