Sapin de lumière, chasseur de ténèbres

Nous venons de reprendre la mer après  une petite escale sur une île froide et étonnante. Les habitants nous ont accueillis chaleureusement dans leurs habitations faites de toile et de feutre. Nous avons pu nous y reposer grâce à leurs sources d’eau chaude et fêter ensemble la fin de cette année en prenant part aux cérémonies locales. En effet, la petite société d’hommes et de femmes que nous avons rencontrés  nous a invités à participer à une procession rituelle. Nous pouvions y entendre des chants polyphoniques et des rythmes de tambours qui nous mirent presque en transe. Nous marchions au milieu de prairies parsemées de milliers de petites lampes à l’huile jusqu’au centre du village où nos hôtes avaient érigé un gigantesque feu au milieu duquel était planté un sapin. Pendant que je regardais cet arbre flamboyant se consumer, je pus repenser calmement à cette année écoulée et à notre périple.

Je revoyais la première grande tempête que nous avions essuyée qui me fit perdre de vue l’équipage. Je me retrouvai seul à dériver sur quelques planches de bois jusqu’à une petite île. Là, je m’installai un campement de fortune et me nourrissais essentiellement de fruits de mer crus. Ne sachant comment m’occuper, je pris quelques branchages pour frapper sur des troncs creux et un soir je me mis a crier les chants que nous avions l’habitude de chanter ensemble sur le radeau. C’est alors qu’une petite fille sortit de la forêt et  vint à ma rencontre. Cette île n’était donc pas déserte. Cette enfant m’amena dans son village  où je pus constater l’horreur d’une guerre très récente. Il ne restait plus que quelques vieillards, des femmes et quelques enfants vivants au milieu de ruines et de cendres. La petite me fit comprendre que je devais chanter pour eux.  Après un bon repas, je  m’exécutai. C’est alors que des femmes plus âgées se mirent à frapper le sol et à cracher sur les armes des hommes morts pendant les batailles. La fureur de ces mères était telle que certaines allèrent même jusqu’à cracher sur les tombes fraîches des combattants. Plus aucune pitié, plus aucune compassion pour tous ces hommes, alliés ou ennemis qui avaient détruit la vie. Je restai quelques jours avec ces survivants qui m’offrirent une embarcation afin que je puisse retrouver l’équipage.

Je finis par trouver les restes de notre radeau sur les rives d’une grande de île voisine. L’embarcation était vide. Je décidai d’attendre près d’elle et de ne pas m’aventurer sur ces terres inconnues. Quelques jours  après mon arrivée, quelle ne fut pas ma surprise en retrouvant mes amis : Simon, Karine, Nathan, Inès, Mathilde et Alice qui revenaient vers le radeau. Ils étaient pâles, semblaient tristes et terrorisés. Ils me dirent avoir vécu l’apocalypse ici sur cette île. A la fin de leur récit, nous n’avons pas réfléchi longtemps et avons rassemblé de quoi survivre pour nous mettre en chemin le plus vite possible dans l’espoir de retrouver le reste de l’équipage perdu lors de la tempête .

Depuis ce départ précipité, nous avons retrouvé  une navigation calme en suivant les courants. Nous espérions  retrouver ainsi nos derniers compagnons. Au cours de ce périple, nous avons accosté sur plusieurs petites îles. Ces escales nous permettaient de manger autre chose que du poisson et de faire le plein de bois pour l’hiver. Un jour, sur l’une de ces îles, nous vîmes un feu de cheminée au loin : c’était eux, nos amis ! Ils s’étaient construit une véritable maison et s’y étaient installé. Ils cultivaient des pommes de terre et des courges, Alice profita de la présence d’un four pour nous préparer la soupe de sorcière dont elle seule avait le secret. Nous fêtâmes dans la joie nos retrouvailles. Simon proposa à tout le groupe de rester sur cette île afin d’y construire peut-être l’Utopie et d’arrêter là nos recherches. Le voyage avait été éprouvant pour nous tous et repartir immédiatement nous semblait suicidaire. Mais au fil de cette discussion, nous  repensions à tout ce que nous avions vu depuis notre départ de Rennes/Elan et quelque chose se mit a nous démanger :  il fallait repartir, la mer nous appelait. Utopie chante toujours au loin ses hymnes de société idéale. Nous devions y parvenir pour la présenter au monde afin de ne plus vivre ou voir d’apocalypses ou de guerres sanglantes

Tous aux rames les amis, maintenant nous sommes sur la bonne voie. Les sociétés que nous rencontrons sur ces îles semblent de plus en plus belles. Regardez cet arbre immense ce sapin qui brûle au centre du village. Ce feu nous rappelle que la lumière écartera toujours les ténèbres des longues nuits d’hiver.

Utopie nous voilà !

Extrait du journal de Joaquim, musicien

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