La quête continue.

La quête continue.

Récit de notre cinéaste

A tous,

Je n’ai pas pris la mer avec le radeau. Je ne sais pas si le radeau est, à l’heure qu’il est, sur l’océan. Peut-être que cet océan n’était, au fond, qu’une idée, une belle idée, dont nous avions besoin pour avancer sur ce long Canal-miroir…
Quitter le radeau a été un choix douloureux, bien sûr, car me voilà séparé du reste de l’équipage, cet équipage auquel je me suis si profondément attaché, mes amis – au sens fort du mot. Ils me manquent, bien sûr. Je les crois, pour certains, en terre d’Apocalypse. Mais ce n’est là qu’une conjecture.
Je me demande encore aujourd’hui si notre radeau, ce radeau qui devait trouver la société idéale ne l’a pas lui-même, petit îlot à la dérive, incarné. J’y pense parce que je me suis récemment souvenu de quelque chose, un petit rien plein de sens : il me semble que, dans des temps un peu reculés, on désignait ses amis sous le nom de « société » : « être en bonne société ». L’équipage du radeau était, de ce point de vue, une société plus qu’idéale.
Mais je suis parti. Oh, non pas parce que j’aurais renoncé à l’Utopie, à la chercher, mais au contraire pour poursuivre ma quête, une quête entamée bien avant l’embarquement sur le Radeau, à Rennes, ou Élan comme l’a rebaptisée notre scribe de bord. En fait, la vie est une continuelle fabrique d’utopie. Mais pour pouvoir inventer en permanence, faire jaillir hors du sol et se dresser tous les possibles qui gisent au sein du monde, il faut pouvoir garder les yeux ouverts. Et je me rends compte, maintenant, combien il est aisé de glisser sans s’en rendre compte, doucement mais sûrement, de l’éveil vers une somnolente torpeur, où les habitudes, telles une confortable couverture, vous enveloppent et vous mettent dans un état tel qu’il semble que le monde doive continuer de tourner, parce qu’au fond, ça ne marche pas si mal comme cela.
De cette doucereuse torpeur, il faut se sortir. C’est un travail difficile, mais qui en vaut la peine. Il existe bien des moyens. Mais il en est un que je chéris et duquel j’écris ces quelques lignes : c’est le voyage.
« Quoi de plus beau qu’un voyage ? » m’écrivait un jour une amie pour s’excuser de ne pouvoir honorer une invitation que je lui avais faite. Oui, c’est vrai, il y a peu de choses qui aient la puissance du voyage, cette capacité à nous faire sortir de nous-même, à nous permettre de nous voir presque de l’extérieur, avec toutes ces habitudes qui tissent notre costume quotidien et que le voyage vient bouleverser, nous mettant salutairement, à nu.
Je vous écris depuis l’Iran, pays qui ne cesse, jour après jour de défaire les préjugés. Je ne sais pas si les Iraniens sont utopiques, mais je sais que leur pays est de ceux où être étranger est non seulement une qualité mais un honneur. Et de même que Thomas More écrivait son utopie pour critiquer l’Angleterre de son temps, de même chaque jour passé ici, aux côtés des Iraniens me renvoie à une hospitalité dont nous avons perdu le sens.
« Rien n’est plus beau que d’être ensemble » disait un homme de théâtre. C’est à ce ré-apprentissage que le voyage (une utopie finalement) nous convie.
Au moment même où j’écris ces mots, la radio me susurre à l’oreille les mots de la chanson de Brel, « Une île ». Il n’y a pas de hasard !…
« Une île
Une île au large de l’espoir
Où les hommes n’auraient pas peur
Et douce et calme comme ton miroir »…
Je vous embrasse, où que vous soyez,
Clément
photo-clement-radeauutopique2016
Tabeskan – Iran

 

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