Discours d’adieu

Chers amis,
Chers Parents,

Vous tous ici présents,

Nous partons aujourd’hui.

Nous partons aujourd’hui pour un beau voyage insensé et qui pourtant prend sens aujourd’hui plus que jamais.

En ce dimanche 3 juillet, le coeur plein de joie et de tristesse, nous partons à la recherche de l’île d’Utopie.

Au départ, il y a un livre.

Ce livre que je tiens dans les mains a été écrit en 1516, il y a 5 siècles cette année, par un homme qui perdit la tête. Oui, il y eut un homme au XVIème siècle qui eut l’audace d’inventer dans sa tête une société idéale. Thomas More, l’anglais, se fit trancher cette même tête sur l’échafaud en juillet 1535, vingt ans après que son crâne eut enfanté ce récit sacrilège.

Il imagine une île qu’il appelle Utopia.

Les moeurs et les institutions imaginaires de cette île sont consignées dans ce livre intitulé « De la meilleur forme de communauté politique et la nouvelle île d’Utopia », qu’on connait aujourd’hui sous le nom de « l’Utopie ».

Il définit cette île comme étant la société idéale.

Seulement, cette Utopia nul ne sait vraiment où elle se trouve.

Thomas More invente le mot à partir du grec U-TOPOS qui signifie le non-lieu autrement dit le nulle-part. Mais le nulle-part est-il vraiment nulle part ?

Nous avons décidé de partir à sa recherche.

Nous allons braver océan et tempête pour trouver cette île.

Nous faisons le pari qu’elle existe, parce que nous en avons besoin.

Plus que jamais nous avons besoin de croire en cet ailleurs, de croire en la possibilité de l’utopie.

Thomas More ne laisse que très peu d’indices sur la position réelle de l’île.

Selon Raphael Hyptolidée, qui lui a décrit l’île d’Utopia, et selon nos calculs, cette île se situe dans l’atlantique sud.

Cette île, nous savons qu’elle est par delà l’océan.

Aussi il nous a fallu construire ce radeau.

Nous avons prévu 30 jours de vivres, au delà il faudra se débrouiller par nos propres moyens.

Nous avons également emporté des livres de cuisine pour se nourrir d’images et de tous les aliments qui manqueront. Nous avons des seaux pour recueillir chaque goûte d’eau qui tombera du ciel (Nous n’aurons pas soif ces prochains jours).

Nous avons des chevaux pour nous tirer jusqu’à la mer, ce qui nous laissera le temps de construire une voile.

Nous n’avons pas de livres mais des cahiers blancs pour écrire les livres que nous aurions besoin de lire. Nous avons des cartes vierges pour dessiner l’île que nous découvrirons. Nous allons naviguer quelque temps à partir des cartes connues et puis il faudra bien se résoudre à les jeter par dessus bord, et naviguer dans le brouillard. Il y a cinq siècles, les navigateurs qui partaient à la conquête d’un nouveau monde naviguaient avec des cartes sur lesquelles ils avaient eux-mêmes dessiné les terres et les îles qu’ils voulaient atteindre.

Je soutiens d’ailleurs aujourd’hui que l’Amérique a été inventée de toute pièce par Christophe Colomb, qui a tellement voulu trouver une terre de l’autre côté de la mer qu’elle a fini par exister et d’un commun accord, le reste du monde y a cru.

Nous quittons aujourd’hui un monde naufragé, pour un ailleurs, cette île, peut-être un autre naufrage ou encore le même.

Oui, peut-être allons-nous vers un non-retour.

Chers parents, chers amis ne soyez pas affectés par notre disparition programmée.

Comme le ciel est beau pour partir sans revenir.

Tout cela ne serait pas arrivé si on avait oeuvré à réaliser l’utopie dans le réel, si cette île était devenue la nôtre. Si l’on n’avait pas eu besoin de la placer au loin dans l’océan inatteignable.

Si nous partons pour la mort, réjouissons-nous, nous aurons au moins tenté une fois de croire en nos rêves. Plutôt finir cette vie que l’asservir à la réalité. Finir joyeusement.

Et si nous partions vers la vie.

Et si cette île qui n’existe pas sur cette terre où nous sommes, finissait par exister parce qu’un radeau et son équipage décidaient d’y croire et de s’y rendre.

Et si cette expédition faisait jaillir de la mer cette société idéale, si cette société idéale fendait l’océan pour s’incarner parce qu’on aurait décidé d’y croire, de vouloir y croire.

Et parce qu’on aurait décidé de l’imaginer, on aurait pu accoster sur une de ces plages, une de ces falaises.

Si nous survivons à cette expédition, nous reviendrons dans un an raconter ce que nous avons découvert.

À présent, il nous faut faire sonner les cornes de brumes pour annoncer à tous notre départ.

Il nous faut larguer les amarres et s’écarter de la rive.

L’île d’Utopie existe puisque nous y allons !

Rennes, le 3 juillet 2016

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. BENQUET MICHEL dit :

    Thomas More still alive ! Straight ahead boys and girls !

    Aimé par 1 personne

  2. le Super flux dit :

    Utopie n’est plus une île bientôt, mais un continent, comme dans le jeu que vous nous avez proposé de jouer : car toutes les îles se connectent ces temps-ci à toute allure !

    Merci pour les belles connexions que vous oeuvrez aussi dans le réel entre le naturel et l’imagnaire… dans le sillon de votre radeau, je vois une flottille magnifique prendre le large et toucher Terre, en même temps.

    Bon voyage ! à bientôt…

    J'aime

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